Sur les traces de ... René Charbonier

dimanche 1er novembre 2020, par Dumont

Il m’est apparu nécessaire de donner quelques indications sur la biographie de René Charbonnier dont les clichés photographiques ont été à l’origine de nombreuses cartes postales du nord Aveyron car un certain nombre d’entre vous ne l’ont pas vraiment connu, il nous a quitté bien trop tôt en 1985.
Pour ce faire, j’ai fait appel à son deuxième fils Robert, né comme moi en 1942, avec lequel nous usions nos pantalons sur les mêmes bancs de l’école primaire, ce qui nous a valu d’être restés en amitié depuis lors.
Robert figure sur deux cartes postales, une fois seul, une fois avec son épouse, face au barrage de Sarrans.

Voici en résumé ce qu’il a pu me dire de son père René, propos que je m’efforce d’illustrer de documents photographiques qui ne sont pas de lui, à l’exception du premier cliché à ma dispositions :

René Charbonnier est né le 10 Octobre 1909 à Ste Geneviève quartier de la mécanique où son père s’était installé comme scieur de long en 1904, dans l’ancienne Carderie transformée en scierie (voir le 1er Cliché).
Le Béal ou canal d’amenée de l’eau de l’Argence qui actionnait la turbine entraînant la scie de son père, passe sous la maison, (actuellement maison du fils Delrieu). On peut dire que comme pour Moise, le berceau René fût posé sur les flots et penser que son amour manifeste pour l’Argence et son goût pour la pèche trouvèrent là leurs origines.

Après son certificat d’étude, acquis à l’école du village (2ème cliché, René au milieu de l’avant dernier rang) et une prolongation à l’école libre de St Amans comme ce fût le cas pour beaucoup de jeunes à l’époque René part en apprentissage chez ROSENFELD, horloger, bijoutier, orfèvre et lunetier , place du bourg à Rodez ou il restera jusqu’en 1927.

De retour à Ste Geneviève, il s’installe comme artisan horloger-bijoutier, réparateur.
En avril 1930, il devance l’appel et sera affecté au 33ème régiment d’aviation près de Mayence en Allemagne, puis à Chalons d’où il est libéré le 17 Avril 1931.

Le 21 Octobre 1932, il épouse Eugénie Gondal de Missou. Ils auront quatre enfants : en aînée une fille Monique suivie de trois garçons : Rolland, Robert et Martial.
Eugénie est toujours en vie, elle vient de fêter ses 103 ans à L’EPADH de Ste Geneviève, où je la rencontre avec plaisir lorsque je fais, en principe une fois par mois, des projections sur écran.

René avait vingt ans lorsque débutait les gigantesques travaux de la Truyère. Dès que le barrage de Sarrans fût en eau et devint immédiatement une attraction touristique majeure (la plus grande réalisation hydraulique de l’époque), obtenant une concession de la société des forces motrices de la Truyére, René installe au départ une simple table abritée d’un parasol en été, tenu par Eugénie pour la vente de cartes postales (voir la 3ème photo).

Par la suite l’activité se développe, vu le succès rencontré, le provisoire devient permanent sous forme d’échoppe démontable où seront vendus outre les cartes postales et toutes sortes de souvenirs et tenues d’été que l’on trouve généralement sur les sites touristiques et même des boissons hygiéniques pour lesquelles, l’ingénieux René avait réalisé à partir d’une source captée en face sous le village de Sarrans, un système de refroidissement permanent.

Dans les années soixante la dite échoppe ayant fait l’objet d’une tentative de cambriolage, René préférant les circuits courts fit appel à deux artisans locaux bien connus à savoir Jean Clermont et Jules Berthier pour la renforcer et la sécuriser (voir le 4ème Cliché).

A Ste Geneviève, son commerce changera quatre fois d’emplacement : première installation au tout début du Riols côté gauche actuellement domicile de Mme Thérèse DELRIEU (5ème photo sur le seuil René & Eugénie), deuxième installation sur la place des tilleuls maison Campy-Parent (6ème cliché Horlogerie), troisième installation dans l’ancien quincaillerie Chadefaud place de la croix (7ème clichés). Pour finir il rachètera la belle maison avec façade en pierre de taille de Marius Volpeller, un de ses prédécesseurs pour les photos de famille et les cartes postales, aujourd’hui "le Brasero" (8ème cliché).

Avec l’aide d’un commis originaire de Camarés qui ne le quittera plus et lui succédera, Hubert RIVEMALE, il vendra et entretiendra radios et télévisions.

Trouvant les premières cartes revendues au départ par son épouse sans relief, "un peu plates" disait-il. Il crée sa propre collection et avec son « Vulga » à plaques, il photographie joliment la Viadène, de "l’Aubrac au Coustoubi" pour notre plus grande satisfaction. Dès lors nous disposions à Ste Geneviève de la plus belle collection de cartes postales qui puisse être pour un village de cette importance, soit des dizaines, toutes différentes et inspirées, avec une histoire à raconter derrière chacune d’elle. Aujourd’hui, je vous mets au défi d’en trouver plus de deux sur notre localité. Cherchez !

Adroit et ingénieur à ses heures il inventera et fera fabriquer à Ste Geneviève l’épuisette ILLICO, avant d’en céder le brevet. Il mettra également au point un système de distribution de cartes postales.

Ceux qui ont connu René Charbonnier ne peuvent l’oublier. Personnellement c’est souvent grâce à ses clichés que j’ai eu envie de découvrir les sites de notre Viadène comme le point de vue des Rozières, le pont de Tréboul, les rochers de Turlandes où il fit réaliser un escalier permettant d’atteindre la croix sommitale etc…

Vous pouvez voir le diaporama ici.

Bernard CLERMONT